Le Turgot : des relations étroites entre art et immobilier


Magazine N°2

Au cœur du 9ème, un patrimoine embelli par des choix décoratifs et artistiques de qualité.

Ouverte en 1833, la rue Turgot jouit d’un emplacement de choix au cœur du 9ème arrondissement.

Sur le bas flanc de la butte Montmartre, en retrait de la rue de Rochechouart aux accents commerçants, s’élève un bel immeuble de style Louis Philippe, avec porche, cour intérieure, imposte et pierre de taille. Puis, on accède par ascenseur à un palier flanqué de deux portes bleues noires vernies, sous l’oeil vigilant de la gardienne des lieux.

Il faut pousser l’une d’entre elles pour découvrir Le Turgot, un appartement arty et contemporain, où j’ai la conviction dès l’entrée, que les frontières entre art, immobilier, patrimoine et style décoratif ne se justifient plus.

La réception tient en effet son rôle d’accueil chaleureux, soutenu par le choix de la couleur murale au ton vert brun garrigue. Au sol, un parquet en chêne et posé à l’anglaise, verni et patiné –presque cuivré- recouvre la totalité des lieux.

Puis, on découvre le salon encadré de la porte fenêtre et deux niches à l’éclairage variable. Deux miroirs convexes donnent à l’ensemble équilibre et rythme mesuré.

Dans cette ambiance dandy et conviviale à l’heure des bavardages entre amis, les pièces et motifs de Fornasetti imprègnent leur style de leur dévorante passion pour les matériaux : coussins, boîtes ou papiers peints.

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En face, la cuisine ouverte avec un espace repas pour jusqu’à 8 convives assure pleinement sa fonction pratique et festive. Sans contrevenir à l’harmonie de la pièce, et derrière de hautes façades noires et mattes, tous les éléments du cuisinier passionné surplombent un plan en marbre discret et gourmand.

Sur le mur voisin, accroché en fond blanc, c’est un tableau de Michel Thompson qui interroge le spectateur. Sa toile, Paysage, carré blanc de 1992, « par le seul rapport des surfaces et des lignes colorées suggère à la fois l’espace et l’atmosphère », comme le rappelait déjà en 1957, le critique Maugis.

Cette atmosphère du Turgot, au calme absolu car entièrement sur cour, a le parfum de l’élégance portée jusque dans les pièces les plus privées.

Un couloir sépare ainsi l’espace nuit, avec à son extrémité la chambre parentale, qui laisse place à une literie de grandes dimensions. Sur la tête de lit, on remarque furtivement un autre travail délicat de Thompson (Café, 1976).

Juste avant la chambre, la double salle de bains avec baignoire, douche et rangements rappelle sans équivoque les notes minérales et contrastées de la cuisine voisine.

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Enfin, à l’opposé de l’appartement, une deuxième chambre d’ami de grande taille, dotée d’un dressing discret et aménagé, est utilisée en salon de lecture et de télévision.

Fil décoratif des lieux, le traitement de la couleur murale arbore la teinte profonde des résineux méditerranéens ou de l’imaginaire aquatique (c’est selon) dans une mosaïque de portraits photographiques et artistiques.

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La galerie de Pierre-François Garcier

Dans un intérieur comme celui du Turgot, le volume des pièces, l’aménagement spatial, le traitement de la couleur donne beaucoup à voir du tempérament des propriétaires. Et les tableaux qui s'y trouvent aussi.

Les peintures sont à ce titre, « une balise sensible et silencieuse des lieux les plus confidentiels » comme le disait Klee. Face aux deux tableaux de Thompson découverts ici, focus sur Pierre-François Garcier, habitant du quartier comme les propriétaires du Turgot, et dont la galerie dans le 8ème arrondissement propose la plus belle collection de ses oeuvres.

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La galerie Pierre-Francois Garcier est née du désir de créer un espace intimiste, accessible et convivial, où les amis, anciens clients et nouveaux adeptes qu’il conseille et accompagne dans leur collection peuvent venir discuter autour des tableaux, dessins et sculptures dans un lieu qui les accueille simplement.

C’est dans un très bel appartement Haussmanien aux parois claires et propices à l’accrochage des oeuvres que Pierre-François Garcier a réussi à recréer ce lieu de partage et de découverte d’art moderne.

Après des études de droit, il forme son goût chez Sotheby’s, puis Christie’s, et enfin auprès d’un antiquaire du prestigieux carré Rive Gauche, quai Voltaire, à Paris.

Il décide de se lancer en 2004 en tant que marchand et courtier indépendant. Il s’initie au rachat de fonds d’atelier, et se spécialise dans les écoles parisiennes et lyonnaises d’après-guerre. Il rassemble des fonds et oeuvres  Jean CoulotPhilibert Charrin , Alexandre Garbell.

Il n’oublie pas la peinture abstraite d’après-guerre en présentant le travail de René Roche, sélectionné ci contre et ci-dessous.

Le peintre suédois Gustav Bolin, faisant le lien parfait entre figuration et abstraction, est également exposé en permanence à la galerie.

 

 

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Mais c’est autour de Michel Thompson qu’il constitue un fond important, visible en permanence et qui couvre l’ensemble de la carrière de l’artiste.

Sa galerie est l’occasion de redécouvrir le parcours de ce peintre qui, repéré par Aimé Maeght dès 1946, fut l’un des acteurs majeurs de la Figuration dans les années 1950. Actif jusqu’à sa mort en 2007, Michel Thompson est aujourd’hui remis à l’honneur grâce à plusieurs publications consacrées au groupe de la Ruche et des la Jeune Peinture.

Quelques verres, une fourchette, une bouteille, le tout soudain animé d’un élément aux couleurs vives et éclatantes. tels sont les motifs récurrents de l’oeuvre de Michel Thompson. Ci-contre est reproduit un fragment de Café, 1976, tableau accroché au Turgot.

Ouvert au croisement des intelligences collectives, il collabore au long métrage « Un Illustre Inconnu » avec Mathieu Kassovitz, réalisé par Matthieu Delaporte, en louant 25 œuvres d’artistes de la galerie pour les décors du film.

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